
Nous explicitons ci-dessous des noyaux abstraits (principes) qui peuvent aider dans le développement psycho-spirituel. Ces noyaux sont d’une portée générale tout en faisant explicitement référence à Dieu.
Noyau abstrait : la conscience
La perception que j’ai du réel vient de ma conscience.
Noyau abstrait : la vie humaine
Je me construis par interaction avec le réel et, en particulier, les autres êtres humains.
Noyau abstrait : l’ouverture au mystère du réel
Il est un temps pour chaque chose. L’un pour développer son individualité, sa volonté personnelle, l’autre pour les abandonner afin de s’ouvrir à une autre dimension du réel qui est un mystère.
Noyau abstrait : la rencontre de Dieu est ouverte à chacun
La durée de la vie humaine nous est donnée pour faire la rencontre de Dieu et en vivre. Le moment important, c’est la prise de conscience de Dieu (ou de l’Absolu) : elle peut se faire plus ou moins tôt.
Cela signifie que l’Esprit veut se révéler à tout le monde.
Noyau abstrait : Dieu est Amour
Mais certains diront : « Dieu existe-t-il ? Qu’est-ce-que Dieu ? ». Sur ce chemin, pas de meilleur adage que « Venez et voyez ». Là, rien ne remplace l’expérience.
Si Dieu existe, il doit être identifiable dans l’histoire personnelle de chacun et/ou dans l’histoire des hommes. De fait, il est repéré comme tel dans différentes religions, traditions ou spiritualités.
Une des constantes qui repère souvent Dieu, c’est qu’il est Amour. Amour, c’est-à-dire qu’il cherche constamment à entrer en relation positive, en particulier, avec chacun.
Dans cette optique, on peut concevoir que la recherche de Dieu soit relativement aisée, car nous sommes précédés par Dieu qui nous cherche le premier pour nous éveiller à la vraie vie.
Noyau abstrait : vers la rencontre de Dieu
Mais on peut être relativement optimiste quant à l’issue de la rencontre avec Dieu, car Dieu lui-même est déjà à notre recherche : il frappe constamment à la porte de notre cœur. Ici, il est essentiel de développer l’accueil et l’écoute et, donc, de se désencombrer.
Chacun peut prendre ici un temps pour considérer le trésor de sa vie, des traditions humaines et de la tradition à laquelle il se rattache éventuellement. Chacun peut aussi s’arrêter de temps à autre dans sa vie pour renouveler cette prise de conscience.
Noyau abstrait : l’homme ordinaire et l’Esprit
Nous voyons dans ce noyau abstrait intervenir dans la vie d’un homme ordinaire, dans un homme non préparé à cela, une force inhabituelle, une force dont il ne perçoit pas le caractère disons « surnaturel ». C’est le point de départ d’un chemin initiatique, un chemin que nous pouvons tous prendre, dans la mesure où nous répondons aux indications de l’Esprit.
Noyau abstrait : le moment présent
Le moment présent, c’est le lieu d’une vie qui peut être pleinement vécue. Ce qui compte dans le présent, c’est qu’il est le moment privilégié de la rencontre de Dieu. Dieu se rencontre au présent et s’expérimente au présent : là est le secret de la vraie vie.
Le passé est fumée, l’avenir est fumée : ce qui compte, c’est le présent où la vie peut être vécue avec densité, intensité, fraîcheur et nouveauté : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ». Il est ainsi possible de vivre dégagé du poids du passé et des incertitudes de l’avenir. Car souvent le présent n’est pas vécu pleinement soit que l’on ressasse le passé soit que l’on s’interroge sur l’avenir.
Dans le présent, on pose un regard direct sur les êtres et les choses. Ceci permet de contempler la Vérité de ce qui est et de voir couler la beauté par tous les pores du réel. C’est ce qui caractérise l’état d’ « éveillé », d’ « illuminé », d’ « être réalisé ».
La sécurité
Vivre sa vie dans le moment présent, c’est abandonner définitivement la peur : c’est se sentir fondamentalement en sécurité.
C’est encore accueillir le don de Dieu qui nous libère : un moi qui cherche la sécurité ne la trouve jamais, un moi qui désire le contrôle ne l’atteint jamais.
L’image de la manne
L’image de la manne est importante pour nous aider à structurer notre vécu du moment présent. Nous ne sommes pas là pour faire des provisions : chaque grâce est nouvelle et il ne sert à rien de vouloir retenir les grâces passées.
La grâce comme la manne ne se conserve pas (Ex 16, 19-20), elle se vit donc dans le présent. Cela fonde notre considération du lâcher-prise et du non-attachement.
Noyau abstrait : la Présence de Dieu
La Présence de Dieu au réel est permanente. Pour en prendre conscience, il suffit de ralentir le tumulte de sa vie. Installée dans le moment présent, l’intériorité calmée laisse émerger la conscience « pure » et permet de prendre conscience que Dieu est à la fois présent à l’intérieur et à l’extérieur de nous-mêmes.
La Présence est continuellement là : il suffit de se rendre présent à la Présence qui imbibe tout comme une douce lumière.
Noyau abstrait : le silence
Faire silence dans nos vies est l’une des clés du chemin.
Souvent, notre bruit intérieur est plus insidieux que le bruit extérieur. De ce fait, nous ne posons pas librement les actes que nous effectuons. Nous n’avons pas pris le recul nécessaire et nous dérapons. Un temps de méditation est déjà un moyen d’entrer dans le silence. Mais il faut que ce silence envahisse toute notre vie.
Une des vertus de ce silence intérieur est de nous disposer à l’écoute de ce qui se passe et, en particulier, à l’écoute de Dieu pour ce qu’il veut dans nos vies. Le silence est la première nécessité de celui qui veut suivre un tel chemin.
Car Dieu parle sans arrêt, par des signes, des images, des sons, des situations, des regards, des sensations… Encore faut-il prendre le temps de l’écoute et de faire silence dans notre vie agitée, dispersée et bruyante à souhait.
Noyau abstrait : l’écoute
L’écoute est fondamentale. C’est parce que nous avons « écouté » au moins une fois que nous avons été capable de répondre à l’appel de Dieu. Non seulement, nous pouvons écouter, mais Dieu nous écoute aussi constamment. Ceci fait de notre vie un véritable échange et une véritable relation : nous nous constituons ainsi en tant que personnes.
L’écoute nous met en contact avec la vérité de ce qui est et cette vérité nous rend libres. L’écoute permet ainsi de quitter le passé, les a priori de la mémoire pour entrer dans la nouveauté.
Dans l’écoute, nous nous connectons pleinement au moment présent et nous pouvons alors faire ce qui est juste à ce moment-là. Dans l’écoute, nous pouvons être créatifs et faire de notre vie un chef d’œuvre.
Noyau abstrait : la grâce
La grâce est un secours, un appui, une guidance qui nous est donnée par Dieu, dans le moment présent, pour accomplir notre vie.
Dans notre écoute et notre silence intérieurs, nous pouvons profiter pleinement de cette grâce donnée par Dieu pour réaliser ce pour quoi nous sommes là.
Noyau abstrait : l’assentiment
Reconnaître ou toucher Dieu, c’est un moment de grâce. L’essentiel, à ce niveau, c’est de l’accueillir et de lui faire la place. Il faut aussi prendre position : dire oui ou dire non.
L’assentiment est de dire oui à Dieu que l’on reconnaît alors, de prendre la main qui est tendue. Ce n’est pas si difficile, c’est même relativement naturel : car Dieu a un pouvoir de séduction et sait être irrésistible pour nous engager dans ce choix.
Et pourquoi attendre ? Comme le dit saint Jean de la Croix, un mystique du Carmel :
« Et toi, qu’attends-tu, puisque dès maintenant tu peux aimer Dieu dans ton cœur. »
C’est une façon de baisser la garde, de se rendre à Dieu : on ne se veut plus propriétaire de sa vie et de ses projets.
Ce oui marque la fin d’une recherche. Jusque-là, on cherchait l’eau. Ici, on est arrivé à l’océan. Reste à entrer plus profondément dans le mystère : alors tout peut changer.
Noyau abstrait : la réponse
Depuis notre naissance, Dieu nous appelle et Il nous appelle à vivre de Sa Vie. Nous sommes, en fait, constamment appelés par Dieu. Et Dieu ne se lasse pas de frapper à la porte de notre cœur.
Un moment important de notre vie est quand nous commençons à répondre pour la première fois à cet appel et, ensuite, à y répondre de plus en plus. Votre réponse face à Dieu paraît évidente puisque vous avez décidé de vous intéresser à ce chemin.
Mais la réponse à l’appel de Dieu consiste essentiellement à décider de ne pas rompre notre relation avec Dieu par un acte de désamour envers Dieu et souvent envers les autres ou le monde.
Le cœur de la réponse est donc de décider de vivre une vie d’amour : ce qui est à la fois simple et exigeant. Car cet Amour est infusé dans nos vies par Dieu lui-même : il nous reste à l’accueillir.
Noyau abstrait : l’engagement
L’engagement est ici central. Il s’agit de se déterminer pour Dieu, il s’agit aussi à la fois d’une disposition du cœur et de la mise en pratique d’un enseignement. La plupart du temps, on se rattache à une communauté de personnes et on décide de structurer sa vie à partir d’éléments qui nous apparaissent fondamentaux.
Vivre pour le Dieu d’Amour, c’est donner de l’importance à la relation. C’est donc nouer une relation avec Lui, la nourrir et l’entretenir. Pour cela, il faut donner du temps à Dieu pour le rencontrer : la prière ou la méditation régulières sont ainsi le lieu d’un engagement certainement inestimable.
L’engagement, et ce n’est pas le moindre de ses avantages, permet de tenir lorsque les temps sont difficiles et que l’ombre a recouvert la lumière.
Noyau abstrait : la détermination
Notre intention fondamentale doit être de s’engager sur le chemin pointé par les noyaux abstraits et de vouloir ne pas dévier. Nous devons avoir cette intention à chaque moment de notre vie et surtout quand celle-ci devient plus difficile.
C’est ici qu’il faut faire preuve de détermination, de décider de vivre la vraie vie quoi qu’il en coûte, d’arriver au but qui est d’ « être intime avec Dieu ». Dans ce cheminement, on n’est pas seul mais accompagné par Dieu lui-même.
Noyau abstrait : le combat
Si vous êtes entré sur le chemin décrit par les noyaux abstraits, vous pouvez remarquer, entre autres choses, un thème qui aura une grande importance dans votre développement futur : le thème du combat.
Celui qui a choisi de s’engager dans cette voie rencontre en effet, très vite, le combat. Contre qui combat-il ? Contre le Mal. Dans quel but ? Pour acquérir la Vertu qu’il possédera peu à peu à travers les différentes vertus, devenant ainsi plus fort, plus homme.
Saint Ignace de Loyola a très bien compris que ce combat, c’est la lutte entre l’orgueil et l’humilité.
En fait, cela ne dépend pas de nous d’avoir des mauvaises pensées, des tentations, mais ce qui dépend de nous, c’est de les laisser entrer dans notre âme et qu’elles y restent. Cela implique une ascèse où nous devons cultiver la vigilance et le discernement. Mais si nous tombons, nous devons nous relever aussitôt, ne pas nous enfermer dans une grande tristesse (qui ne sert, en réalité, qu’à couvrir notre fierté) et demander à nouveau le pardon le Dieu.
Noyau abstrait : le choix d’une tradition
Le choix d’une tradition (et même la « tradition » de ceux qui sont sans tradition) peut se faire au cours de l’histoire personnelle. C’est un moment important dans la mesure où on peut bénéficier de tout un ensemble de témoignages de personnes qui sont des voyants de l’Absolu et qui balisent le chemin.
Il serait donc absurde de faire table rase des traditions humaines. Cela permet de ne pas se limiter à sa propre expérience mais de la démultiplier d’autant que l’on a plus tout à réinventer et que la vie humaine est courte.
Noyau abstrait : tradition et Absolu
Le choix d’une tradition est important, car j’y reconnais l’Absolu qui s’y dévoile. Normalement, c’est dans ma propre tradition que l’Absolu se dévoile avec le plus de Vérité (autrement, j’en changerais). Cela influence évidemment ma prise de conscience et toute ma relation au réel.
Alors, ainsi établi dans une tradition (et même la « tradition » de ceux qui sont sans tradition), il est possible de se laisser interpeller par d’autres traditions et d’enrichir ainsi sa compréhension de sa propre tradition.
C’est ici qu’il est toujours intéressant de « critiquer » sa propre tradition et de voir le rapport de cette tradition à l’Absolu qui s’y dévoile. C’est une marche en tension qui doit être rapportée à sa propre expérience.
Noyau abstrait : la confiance en la tradition
Le rattachement à une tradition est essentiellement un acte de confiance, je fais confiance à l’Absolu qui se dévoile dans cette tradition. Je fais donc confiance (avec ma raison) à d’autres hommes à l’origine de cette tradition quant à ce qui m’importe le plus dans ma vie : l’intimité avec l’Absolu. Cet acte de confiance n’est pas anodin, car il doit engager toute ma vie.
Faire confiance me décentre de moi-même, je reçois d’autres ce qui est au cœur de ma vie. Ce décentrement est fondamental dans la vie humaine, car il est important de soumettre sa propre vie à d’autres pour éviter de s’y enfermer.
Noyau abstrait : la tradition comme grille de lecture de l’expérience
Pour progresser sur le chemin, les éléments précédents sont essentiels, mais ils ne suffisent pas.
En effet, le but de l’union à Dieu, c’est de donner sens à sa propre vie et au réel. En ce sens la compréhension de ce qui se passe dans notre vie est fondamental. La tradition choisie est ainsi ce moule où va s’interpréter l’expérience vécue.
L’Amour ne va pas sans connaissance de ce que l’on aime. La tradition choisie devient alors une grille de lecture et de saisie du réel qui va donner sa forme à la recherche elle-même dans la mesure où celle-ci s’accompagne d’une réflexion pour discerner le sens et donner sens.
La tradition choisie est ainsi un des prismes avec lequel on décode le réel et où l’on prend position. Elle colore l’expérience vécue elle-même et influe sur sa formulation. En ce sens la tradition permet d’avancer à pas de géant. Un des dangers, c’est de l’aborder de façon figée : elle devient alors un handicap.
Noyau abstrait : l’acceptation du réel
Dans le moment présent, Dieu fuse partout dans le réel. Il est ainsi possible d’avancer en toute confiance et de dire oui à la vie qui se déroule. Ainsi le fondement du réel, c’est la Bonté.
Accepter le réel, c’est laisser la Vérité se déployer : c’est ne plus vouloir tout contrôler. C’est accueillir humblement ce qui est et ce qui vient, même si l’on envisage de le canaliser et de l’orienter dans l’avenir.
L’acceptation du réel, c’est aussi s’accepter là où on en est du fait de son histoire personnelle, savoir que dans le présent nous sommes acceptés par Dieu tels que nous sommes ce qui nous permet à notre tour de nous accepter ici et maintenant.
Noyau abstrait : la Bonté du réel
Dans tout ce qui nous arrive, nous sommes accompagnés, soutenus et aimés.
Souvent la souffrance est de notre fait, car nous résistons au réel, nous n’acceptons pas le réel tel qu’il est. Certes, parfois, nous sommes frappés injustement par le mal : mais c’est encore une occasion de grandir, car au cœur de cette épreuve, nous avons la confiance qu’il y a toujours une porte de sortie.
Noyau abstrait : la Providence
Dieu aussi est attentif à ce qui se passe dans le monde. Ceci permet d’entrer dans la confiance et l’abandon puisque Dieu concourt au bien du monde et de tous ceux qui le cherchent.
Comme le dit sainte Thérèse de Lisieux : « Tout est grâce ». Ceci nous rend joyeux et nous évoluons en confiance, car nous savons que Dieu et Sa Providence sont toujours à nos côtés.
Noyau abstrait : le pardon
Cependant, nous le savons : même, avec les meilleures intentions, il nous arrive de refuser Dieu.
Le pardon reçu de Dieu (et toujours disponible) nous engage à entrer dans une dynamique de pardon vis-à-vis des autres. Ce pardon nous libère et purifie notre mémoire.
Noyau abstrait : effacer son histoire personnelle
Effacer son histoire personnelle, c’est se désencombrer du passé, purifier sa mémoire pour vivre pleinement la rencontre avec Dieu. Ce qui reste alors, ce sont les moments marquants de l’aventure avec Dieu qui fondent et refondent l’engagement envers Lui.
Noyau abstrait : le non-attachement
Etre non attaché, c’est être disponible à la nouveauté de ce qui vient. Cela permet d’être libre.
Il faut en effet ne pas se raidir ou se crisper sur ce que l’on possède : ses biens, sa vision du monde, ses expériences fortes, ses idées, ses points forts… Il est important de laisser venir et de voir les choses telles qu’elles sont, d’être ouvert à l’inconnu. Cela est difficile si l’on sait déjà (ou si l’on croit déjà savoir) ou si l’on veut contrôler le déroulement da sa vie.
Être non attaché permet d’avoir un regard désencombré et de plonger au cœur du réel.
Noyau abstrait : le non-jugement
Le jugement est la constante évaluation de ce qui se passe en choses justes ou fausses, bonnes ou mauvaises. Lorsqu’on est perpétuellement occupé à évaluer, classer, étiqueter ou analyser, on crée un grand nombre de turbulences dans son dialogue intérieur.
Le non-jugement crée le silence dans l’esprit. Cette ouverture donne accès à l’état de pure attention, de silence du mental et de calme intérieur. Elle rend disponible à ce qui arrive et ouvre à l’écoute pour pouvoir éventuellement prendre une décision.
Commencer sa journée dans cette intention est donc une bonne idée. Dès qu’on se surprend à juger, souvenons-nous de cet engagement. S’il paraît trop difficile d’observer cette règle toute la journée, on peut simplement se dire « Pendant les deux prochaines heures, je cesserai de juger » ou « Pendant une heure, je ferai l’expérience du non-jugement ». Ensuite on peut allonger graduellement la durée de cet exercice.
Noyau abstrait : la patience
Nous voudrions souvent être arrivés au bout de notre cheminement. Mais nous ne devons pas oublier que notre transformation s’inscrit dans la durée. C’est là que la patience est essentielle : elle permet de continuer à cheminer dans l’inaccompli et l’imparfait. Nous ne nous étonnons pas alors de nos manquements.
La patience permet aussi d’accueillir une situation de vie qui nous apparaît difficile ou de « faire le gros dos ».
La patience est ainsi le moteur de l’Espérance et de l’humilité.
Prenons donc en compte, comme Dieu, la totalité du grand tableau cosmique.